CET ARTICLE EST UNE GRACIEUSETÉ
DE CHRISTIANITY TODAY

NOTE DE L'ÉDITEUR :
Lors de la lecture de cette série d’articles, il sera important d’avoir en tête qu’elle analyse principalement le contexte américain. Il revient donc à chacun・e de dresser des parallèles avec son propre contexte, d’identifier les similitudes et les différences, ainsi que de discerner comment ces modèles se reproduiraient et s’adapteraient en sol québécois.

3e partie

Qu’est-ce que le modèle attractionnel (lancement à grand déploiement), et pourquoi est-il si populaire ? Vous convient-il ?

Cet article est le troisième d’une série sur les modèles d’implantation d’Église. Voici le contenu de la série complète :

1ère partie – Une introduction aux modèles d’Église
2e partie – Le modèle traditionnel
3e partie – Le modèle attractionnel (à grand déploiement)
4e partie – Le modèle missionnel ou incarnationnel
5e partie – Le modèle Église-maison
6e partie – Le modèle multisite ou satellite

Dans le modèle attractionnel, un implanteur d’Église commence habituellement avec un noyau de personnes ou une équipe de lancement et, dans certains cas, un personnel restreint. La plupart du temps, ces équipes ne sont pas si grandes, mais le lancement peut quand même l’être. Alors qu’elle se familiarise avec la ville ou la communauté dans laquelle elle compte implanter une Église, l’équipe essaie de mettre sur pied un noyau, qui comptera entre 30 et 60 personnes, qui deviendra son équipe de lancement. Dans certains cas, où l’Église-mère est assez grande pour le faire, l’équipe d’implantation d’Église est envoyée avec une équipe de lancement.

Récemment, j’étais à Summit Church, en Caroline du Nord. Avant ma prédication, à chaque service, l’Église a présenté une vidéo dans laquelle on annonçait l’emplacement des nouvelles implantations d’Églises. Dans le cadre de cette annonce, on invitait les gens à déménager à Orlando, Brooklyn, Los Angeles ou Winston-Salem. C’est une grande Église (elle compte plus de 8 000 personnes, si j’ai bien compris), alors c’est possible pour eux de mettre sur pied un lancement à grand déploiement en envoyant des gens, en atteignant de nouvelles personnes et en commençant le projet en grande pompe.

De nos jours, le modèle attractionnel est presque la norme quand vient le temps d’implanter une Église dans un milieu où la culture est majoritaire.

Dès qu’une équipe de lancement ou que le noyau est formé, ou sur le point de l’être, l’Église tient quelques services d’avant-première afin d’inviter les membres de la communauté à venir voir à quoi ressemblera leur nouvelle Église. Dans certains cas, les services d’avant-première sont remplacés par un prélancement ayant pour objectif d’accroître l’équipe de lancement. C’est à cette étape que le noyau tient des études bibliques ou des grands rassemblements qui seront moins publicisés, car l’objectif est de bâtir une équipe de lancement.

Au cours des semaines et des mois précédant le « grand » lancement, l’Église organise un gros événement ou une série de petits événements ayant pour objectif de faire connaître l’Église et son lancement à venir. L’Église procède généralement à un envoi postal promotionnel de masse ou deux (selon son budget de lancement) dans lequel elle invite les habitants de la région visée à venir à la nouvelle Église.

Nerveux à la perspective du lancement, l’implanteur et son équipe prient pour le succès de tous leurs efforts au jour du lancement. Mais ce sont les quatre à six dimanches suivant le grand lancement qui indiqueront si le modèle attractionnel connaît un départ fracassant ou non.

Pour certains implanteurs, la mise en pratique de ce modèle signifie que l’Église aurait réussi à surmonter certaines barrières à la croissance de la jeune Église, comme les barrières de 100 et 200 personnes.

D’où vient ce modèle ?

Bibliquement parlant, de nombreux adeptes de ce modèle citent Actes 2 et avancent que l’Église de Jérusalem suivait un modèle d’implantation d’Église attractionnel. Ils ont fait un lancement au cours duquel plus de 3 000 personnes se sont jointes, et ce nombre a continué de s’accroître.

Vous pourriez (et c’est ce que je ferais) remettre en question cet exemple. Je vois le modèle attractionnel davantage comme une stratégie que comme un mandat biblique.

En s’aidant des éléments astucieux d’affaires, d’attraction, systématiques et organisationnels, les défenseurs de ce modèle croient que, si elle est exécutée adéquatement — en accord avec l’appel et le mouvement de Dieu — une implantation d’Église peut connaître une grande croissance numérique en moins de temps (en comparaison avec d’autres modèles).

En fait, d’après une conversation que j’ai tenue avec Logan, ce modèle d’implantation d’Église est un élément contextuel à l’intérieur d’une culture fondée sur les événements.

D’où vient la popularité de ce modèle ?

Le modèle attractionnel a connu du succès puisque l’implantation d’Église s’est principalement concentrée dans les banlieues au cours des deux dernières décennies. Ces régions fourmillent de gens provenant des classes moyennes à supérieures à l’affût de la prochaine grande affaire, d’un événement captivant et de quelque chose pour leurs enfants. En bref, il a été efficace auprès d’un certain groupe démographique. Parce qu’il est efficace dans ces régions, c’est le modèle le plus utilisé et expliqué dans les livres, les conférences et les séminaires.

Bien que ce modèle ait été efficace dans les dernières années, il a perdu (au moins) une partie de son efficacité dans les régions saturées d’Églises semblables. La plupart des plus grandes Églises, par exemple, ont été implantées en banlieue où le bassin de nouvelles personnes était en croissance. Puis, alors que la culture se sécularise de plus en plus, le nombre de personnes intéressées à considérer ce genre d’approche à l’implantation d’Église diminue.

Quels sont les avantages et les inconvénients du modèle attractionnel ?

Ayant moi-même mis en place beaucoup d’éléments et de composantes de ce modèle dans les implantations que j’ai dirigées, j’ai pu constater son efficacité en personne. Je me rappelle que, dans une implantation que j’ai dirigée en Pennsylvanie, nous avons lancé une série qui s’intitulait « Comment rétablir votre mariage médiocre ».

Nous avons envoyé des publicités par la poste, des cartes postales, et effectué un grand nombre d’appels téléphoniques. Il ne faisait aucun doute que beaucoup de gens avaient des problèmes dans leur mariage puisque 200 personnes sont venues. Nous étions ravis, et un peu plus tard, nous ne l’étions plus.

C’est là l’avantage du modèle attractionnel : il peut fonctionner méthodologiquement dans une culture de consommation, fondée sur les événements, à la recherche de spiritualité et intriguée par l’Église. Dans ce contexte, l’Église peut grandir en nombre rapidement.

Les inconvénients se divisent en quatre volets. Tout d’abord, ce modèle nécessite un important financement. Il faut financer la location du lieu de rassemblement, l’équipement, le personnel, les activités communautaires et les outils de promotion. Cela peut s’avérer très coûteux.

Deuxièmement, il est possible que vous tentiez de grandir avec les mauvaises personnes. Cette erreur peut engendrer des frustrations au niveau de l’organisation, de la structure et de la formation de disciples, ce qui peut aussi mener au départ d’un grand nombre de personnes au cours des premières années. Quand nous avons lancé notre série sur le mariage en Pennsylvanie, par exemple — oui, nous avons atteint beaucoup de personnes — la plupart des gens que nous avons atteints avaient beaucoup de problèmes et de lourds passés. Bien que, encore une fois, ce soit une bonne chose, beaucoup n’étaient pas en mesure de servir les autres, d’avoir un ministère envers eux ou de les former comme disciples. Notre série sur le mariage en est donc venue à ressembler à une thérapie de groupe de trois mois.

Troisièmement, la triste réalité derrière la plupart des implantations d’Église qui utilisent le modèle attractionnel est qu’elles n’implantent jamais activement une autre Église. Certaines donneront peut-être de l’argent à une dénomination ou à un réseau d’implantation d’Églises, mais elles ne serviront pas d’Église qui forme et envoie des ouvriers. De nombreux facteurs peuvent contribuer à cette réalité, mais le taux de reproductibilité du modèle attractionnel est tout simplement faible à moyen.

Quatrièmement, beaucoup reprochent à ce modèle d’employer des moyens axés sur la consommation et non fondés sur la théologie pour atteindre les gens. Par conséquent, des personnes comme Neil Cole affirment : « Ce avec quoi vous les gagnez, c’est ce à quoi vous les gagnez. ».

En toute honnêteté, nous avons utilisé le modèle attractionnel pour notre plus récente implantation d’Église, alors je suis un adepte de cette approche. Je veux seulement m’assurer que nous soyons au courant des avantages et des inconvénients de ce modèle, et que nous soyons conscients de la diminution probable de son efficacité au cours des prochaines années.

L’article original est disponible sur Christianity Today.

Ed Stetzer, Ph.D., agit à titre de président de la chaire Billy Graham sur l’Église, la mission et l’évangélisation au Wheaton College et sert en tant que directeur exécutif du Billy Graham Center. Il a été pasteur, a implanté et revitalisé des Églises, a formé des pasteurs et des implanteurs d’Églises à travers le monde, est titulaire de deux maîtrises et deux doctorats, et est l’auteur de dizaines d’articles et de livres.

Cet article fut publié antérieurement sur le site de Christianity Today. Utilisé avec permission.
Traduit par Mission Québec. © Christianity Today 2015.